Un nom un peu énigmatique pour ce dispositif qui ne voyage jamais ou presque, comme nous le verrons plus loin. Il s’agit d’une porte ballastée munie de pompes lui permettant de flotter ou reposer au fond de l’eau un peu à la manière d’un sous-marin. Elles sont utilisées pour fermer hermétiquement les formes de radoubs appelées aussi cales sèches.

1 le Normandie et le Paris ALGLe paquebot Normandie entre dans la forme de radoub n° 7 à côté, à quai le paquebot Paris. Collection Nicéphore.

2 carenage bateau porte forme7 en forme 5 ALGLe bateau-porte dans la forme 5 pour carénage. Collection Jean-Michel. L.

C’est à l’aide de treuils que cet appareillage est déplacé. J’évoquerai ici celui de la forme 7, la plus grande cale sèche du monde à cette époque, inaugurée en 1927 avec le paquebot « Paris ». Cette mise hors d’eau des navires, permet le carénage de leur coque.
Du fait de l’abandon progressif de la réparation navale havraise, la forme 7 n’est plus utilisée aujourd’hui.

Forme 7 (29-09-2009 °JPG (7) ALG La forme 7 de nos jours, uniquement habitée par les fantômes des grands transatlantiques. Photo Dan.

Le fonctionnement (simplifié) des bateaux-portes, illustré en quelques dessins :

3 (1-2)(1) la cale est ouverte, le bateau-porte vide, est sur le côté, le navire entre.
(2) le navire est dans la cale, le bateau-porte en flottaison se positionne devant l’entrée.

3 (3-4)(3) le bateau-porte est en place, il est rempli d’eau qui le fait couler devant l’entrée. La poussée de l’eau du bassin, figuré par les flèches, le plaque devant l’entrée dès lors hermétiquement close.
(4) La cale est vidée, le navire est maintenu à la verticale par les « accores » (madriers en bois) et repose sur la ligne de tins disposés en fond de la cale sèche. Le travail sur la coque peut commencer.

4 Forme 7 ALGLe fond de la forme 7 avec ses lignes de tins. Collection Nicéphore.

L’histoire mouvementée de ce « bateau-porte »

Le bateau-porte et la forme 7 sont sabotés par les allemands en 1944, afin de ne laisser derrière eux que des installations hors d’usage.

Delaporte forme 7 ALG (2)L’état de la forme 7 après le sabotage des allemands. Collection privée.

Par manque de moyen technique et par insuffisance de personnel à cette époque, un nouveau bateau-porte est commandé aux chantiers « Vickers Armstrong » (Angleterre).
Le nouveau bateau-porte est remorqué jusqu’au Havre. En cours de route, ayant sans doute rompu ses amarres, il partira à la dérive dans l’atlantique. L’aventure se terminera heureusement sans dégât pour le bateau-porte qui intégrera son emplacement le 13 mars 1947.

5 Bateau-porte ALGLe bateau-porte de la forme 7 en 1947. Remarquez l'ouvrier, il manipule une vanne au-dessus de la porte.
En arrière-plan le paquebot Liberté qui sera le premier à utiliser la forme 7 après la guerre. Collection Dan.

Usé par le temps et fragilisé par de nombreuses réparations, le bateau-porte sera remplacé en 1954.

Caractéristiques techniques :

Poids à vide 1.010 tonnes, en charge 2.776 tonnes.
Longueur de 43 m hors tout.
Largeur 9 mètres hors tout.
Hauteur 18,05 mètres quille comprise.

Schéma bateau-porte ALG

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Bien que plus utilisé de nos jours, le bateau-porte actuel est analogue au précédent. Une dernière précision concernant son fonctionnement. Une fois en place, et pour ne pas subir de poussée latérale, le bateau porte est assujetti dans un renfoncement du quai côté sud, et protégé par deux portes amovibles côté nord. Ces dernières se referment une fois le bateau-porte en place.

explications applattis (2)(1)   Le bateau-porte dans le renfoncement du quai côté sud.
(2)   Le môle contenant l’une des deux portes de fermeture avec sa machinerie.
(3)   La porte dans le môle, ici en position repliée.                     
(4)   Le quai nord de la forme 7 avec en dessous, la machinerie de la deuxième porte, visible ici en position repliée.
(5)   Joint d’étanchéité en chanvre tressé.
(6)   Le bateau porte actuel

Les flèches bleues indiquent la poussée exercée par l’eau du bassin Théophile Ducrocq sur le bateau-porte.
La flèche verte indique les portes fermées (en jaune).

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Sources :
Travaux Maritimes (bibliothèque de l’ingénieur de travaux publics) Edition DUNOD Paris 1936.
Dépêche France presse 1947.

Revue escale PAH mars 1954.
Remerciements :
Jean-Michel. L pour ses photos et revues.
Phyll pour ses connaissances techniques des installations portuaires.

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La semaine prochaine nous verrons un autre système plus moderne, de fermeture des cales-sèches.

 

Merci de votre visite.