Les cinémas Havrais -18- Le Normandy ( 1ère partie)
Préambule
Tous les cinémas d’avant-guerre n’existent plus en tant que tel. Si les murs du Royal, de l’Excelsior, de l’Eden, du Rex ou du Palace existent encore c’est au prix de grandes modifications, pour devenir soit des habitations ou en tout autre commerce que celui du 7ème art.
Le Normandy est le seul à non seulement avoir gardé ses murs mais aussi à ne jamais avoir été
reconverti. Il faut rendre hommage ici à la famille Spahija, avec le père, Korap, sa femme Sylvia et une fratrie comprenant 4 garçons et deux filles. Ils ont œuvré pour la sauvegarde de ce
patrimoine Havrais. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance vu l’état du cinéma. Mais remontons le cours du temps
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Havrais-Dire a déjà évoqué le cinéma Normandy ici Aujourd’hui c’est un résumé de son histoire que nous vous proposons, ceci dans le cadre de cette série consacrée aux cinémas Havrais. Toutefois, pour ne pas faire de répétions, ce sont avec de nouveaux documents que cet article vous est
présenté et avec une conclusion bien différente également.
Rappelons-nous, en 1931 deux hommes comprennent que le cinéma est appelé à un grand avenir, ce sont MM Chometon et Noblet dont les épouses sont sœurs.
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À l’époque de sa construction 10 salles de cinéma existent au Havre, les concurrents les plus proche sont le Palace et l’Apollo, et un peu plus loin l’Eden cours de la République. Le quartier n’est donc pas privé de salles obscures.
Pour attirer le public il fallait qu’il se différencie de ses concurrents, il devait être plus grand et plus imposant de tous les cinémas de son voisinage.
Pour concrétiser cette ambition Chometon et Noblet font appel à l’architecte Henri Daigue pour le concevoir. Ce dernier venait de créer le cinéma « Carillon », les deux associés avaient frappé à la bonne porte. C’est ainsi qu’est né le Normandy.
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Ouvert le 31 mars 1934, Le Normandy est également un théâtre avec tout ce que cela englobe, une scène avec ses cintres pour les décors, une fosse d’orchestre et des loges pour les artistes etc.
Aucune photo malheureusement, n’a immortalisé ce cinéma tel qu’il était à cette époque.
Par contre le chroniqueur du journal « Le Petit Havre » en a fait une description assez précise et nous permet d’imaginer ce qu’était son aménagement intérieur. Pour illustrer ses propos nous avons glissé quelque photos prise avant la complète refonte du Normandy montrant les aménagements d’origine ; mais laissons la plume au journaliste :
[…Lorsque l’on arrive à la hauteur du n° 387 de la rue Aristide Briand, c’est avec admiration que l’on contemple la superbe façade du « Normandy », construite de façon pierre blanche. Au centre se trouve un bar où les spectateurs pourront, aux entr’actes, consommer à leur aise. De chaque côté un escalier très large où se trouvent placés les guichets, conduit au hall…]
Le bar a été supprimé depuis, mais on le distingue assez bien sur la photo prise lors de l’occupation allemande ci dessous :
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[…À la hauteur du premier étage est placée une jolie marquise du meilleur effet. Au-dessus des verreries de couleur en forme de V, lorsqu’elles seront illuminées formeront un ensemble très agréable. Au centre est placé un motif portant le nom « Normandy ». Le hall, de 17 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur, a, de chaque côté, un escalier conduisant au balcon. Au centre se trouvent quatre larges portes permettant l’entrée de la salle.
Dès que l’on a franchi l’une de ces portes on est surpris agréablement du confort et du modernisme dont la salle a été dotée. Celle-ci, très vaste, aux peintures rouges, est d’un ensemble parfait. Les sous-bassement sont en acajou et le plafond est de teinte claire.
La clarté y est très grande et cependant douce, grâce au nouveau système qui consiste à placer les lampes sous les moulures du plafond. Ce procédé moderne sera très apprécié…]
Le journaliste fait ici allusion à l’éclairage indirect des moulures du plafond encore présentes avant leur déconstruction.
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…L’écran, qui est le plus grand de ceux existant dans les salles de cinémas du Havre, est situé face à l’entrée. Il a 5 mètres de longueur sur 4,20 de hauteur et en tissus caoutchouté ininflammable. Les fauteuils, recouverts de velours rouge, sont très confortables ; l’espace laissé entre chaque rang permet aux spectateurs d’être à leur aise. Les strapontins, où chacun peut être bien assis, sont disposé de façon à laisser la facilité de circuler dans l’allée centrale.
Au premier étage, un vaste balcon, de douze baignoires et dix loges coquettement aménagées, peut recevoir avec ses fauteuils quatre cents personnes, soit en total de 1.180 places avec les parterres.
En plus de quatre portes d’entrée, la salle possède, sur le côté, trois portes qui, en cas d’incendie, permettraient une évacuation très rapide de la salle.
Au-dessus du balcon, est placée la cabine de l’opérateur, pièce claire bien aérée où sont disposés des appareils du dernier modèle…]
[…Il y aurait encore de nombreuses choses à énumérer dans cet établissement moderne. Nous nous bornerons à féliciter M. Daigue, le réputé architecte qui, avec le concours des entreprises a conçu la construction de ce palace…]
Le circuit de distribution
C’est avec le producteur Siritzky que MM Chometon et Noblet passe un accord pour la distribution des films. Le Normandy devient ainsi un cinéma de seconde diffusion, mais dans une salle digne des exclusivités.
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Les Artistes
Nombreux seront les artistes, toutes disciplines confondues, à passer sur scène, si nous remontons le temps on trouve un personnage très connu à l’époque répondant au nom de George Chepfer, un chansonnier Lorrain à l’humour caractéristique.
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Le directeur du Normandy, Georges Chometon, ne verra pas son cinéma pendant l’occupation, il
décède en février 1940 à l’âge de 57 ans. La famille fait passer une annonce dans « Le Petit Havre » afin d’en informer les Havrais.
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Le Normandy ferme ses portes avec l’arrivée des allemands en juin 1940 et ne les rouvre qu’en juillet. Lors d’un bombardement la cabine de projection est endommagée et remise en état de
fonctionnement le 10 mars 1943.
Il devient lui aussi un « Soldatenkino », cinéma réservé aux soldats allemands comme l’illustre la photo au début de cet article.
Connus ou oubliés, divers artistes s’y produisent comme la chanteuse Luce Bert :
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Un autre artiste dans ses débuts y fait une prestation en compagnie de son partenaire Max Taulin alias « Perno » il s’agit de Bernard Jouen plus connu sous son pseudonyme « Berjo ».
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Parmi les chanteurs les plus populaires en France l’auteur de la chanson « Au lycée Papillon »
à savoir "Georgius", vient divertir les Havrais sur scène plusieurs soirées de suite en septembre 1940.
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Certains débutants ayant foulé les planches du cinéma deviendront célèbres internationalement, parmi eux Charles Aznavour. Il formait avec Christian Roche le duo « Roche et Aznavour ». On connaît la carrière de ce dernier qui s’éteindra le 1er octobre 2018.
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Après les bombardements de septembre 1944 et du nécessaire entretien du Normandy, ses
représentations reprennent le 17 décembre 1945 avec un film réalisé par Léo Joannon, sorti en 1943 « Lucrèce ».
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En 1947 on effectue des travaux de rénovation plus importants avec notamment la suppression du bar à l’entrée.
Le 11 mai 1948 c’est la projection du film « Clochemerle » en première mondiale. Les Havrais ont failli ne pas le voir le jour même, car à 11 heures du matin la copie n’était pas terminée. Le directeur monsieur Démare, arriva quelques minutes seulement avant la projection du film avec une salle pleine à craquer.
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D’autres artistes et non des moindres, viendront à leur tour fouler les planches du Normandy après-guerre. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute le musicien de jazz Duke Ellington, venu au Normandy pour sa troisième tournée Européenne.
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Un autre artiste célèbre donnera un récital au Normandy, il s’agit de Yves Montand encore au début de sa grande carrière.
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Havrais-Dire, dans ses deux premiers articles, a mentionné les artistes ayant fréquenté le Normandy, aujourd’hui ajoutons à cette liste Charlélie Couture venu au Normandy en 1981 ...
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… ou encore Michèle Torr en 1984.
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Et maintenant !
Comme cela a été évoqué sur Havrais-Dire, l’avenir de ce cinéma était incertain. Aujourd’hui grâce à Jessy Spahija, l’horizon s’est éclaircit, mais il reste encore beaucoup à faire.
Havrais-Dire a invité Jessy Spahija à nous raconter les raisons qui ont poussé son père à acheter ce cinéma et comment lui-même a réussi à remettre dans son état d’origine cette
façade « Art-Déco ».
Du fait de la capacité restreinte du blog je vous invite à suivre cette fantastique histoire familiale la semaine prochaine.
Remerciements : Laurent Comar pour ses recherches de documents au sujet des cinémas.
Sources :
Le Petit Havre via Gallica.
La cinématographie Française.
Greffe du Tribunal de Commerce du Havre (76-06)
Ah Vrai quel Cirque de Patrick Teissère. ISBN : 978-2-84811-275-6
Havre Libre et Havre Presse.
Annuaires Micaux de différentes années.
Crédit photos :
Philippe Valetoux
Lanterne Magique MGB.
UniFrance.
Dan.
Merci de votre visite. Pour cette saga des cinémas du Havre,
exceptionnellement Havrais-Dire Paraîtra tous les dimanches matin jusqu’à la fin de cette série. La semaine Prochaine : Le sauvetage du Normandy Par Jessy Spahija.
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