L’agrandissement du port du 16ème au 20 ème siècle Première partie.
Les métamorphoses du port passent parfois inaperçues, mais certaines d’entre elles frappent par leur ampleur. Il paraît presque impossible de comparer l’état ancien du site à celui que nous connaissons aujourd’hui.
Havrais Dire met ici l’accent sur l’avant-port, le bassin de Floride et le fort du même nom.
Au XVIIIᵉ siècle, le lieu où ils seront construits, était un haut-fond appelé poulier*, découvert à marée basse. C’est sur ce banc qu’en 1784 fut construite une digue destinée à protéger le port de l’arrivée massive de sable et galets.
La jetée nord avait la même fonction pour le poulier septentrional.
* Poulier : sur les côtes de la Manche, banc de galets ou de sable à l’entrée d’un estuaire, formant un cordon littoral susceptible de gêner la navigation.
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Si nous pouvions remonter le temps et marcher sur cette digue, voici ce que nous verrions :
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Malgré les protections mises en place, le sable et les galets parvenaient toujours à pénétrer dans le port, risquant de l’encombrer et de bloquer toute navigation.
En 1792, pour contrer ce phénomène, l’ingénieur François-Laurent Lamandé eut l’idée de construire une nouvelle digue protégeant davantage l’avant-port. Cette innovation permit la création d’un
bassin de retenue, appelé « bassin de Floride », alimenté par les eaux des douves de la Citadelle.
En 1804, des travaux furent entrepris pour y installer une écluse de chasse, achevée en 1809. Voir sa fonction ici.
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Au fil du temps, la retenue de Floride (ou bassin selon le plan) fut réaménagée, notamment par l’ajout de remparts sur sa rive nord.
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En 1845, ces remparts furent déplacés vers le sud, permettant la construction du fort de Floride, inauguré en 1855 en même temps que le bassin de l’Eure. À l’entrée du port, un brise-lames fut
également édifié pour protéger le chenal d’accès. Deux plans illustrent ces évolutions.
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Toujours pour remonter le temps, la promenade sur la digue sud, au début du XIXe siècle.
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On distingue sur la photo ci-dessous, le quai courbe et la sortie de l’écluse de chasse du bassin de la Floride. Elle met en évidence l’entrée trop étroite du port.
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En 1870-1871, le bassin de Floride fut divisé en deux zones, avec un bassin de mi-marée à l’est.
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À partir de ce plan, il devient possible de retracer l’évolution du bassin de Floride et de l’avant-port. Ce dernier était trop étroit et ne permettait pas les manœuvres des futurs paquebots dont la taille
allait croissant. Des travaux furent entrepris, dont l’arasement du quai Courbe en 1874.
Ces travaux, dirigés par l’ingénieur Émile Théodore Quinette de Rochemont, s’étendirent sur cinq ans, en raison des moyens de terrassement encore limités à l’époque.
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Plans et gravures illustrent l’ampleur du chantier, mais une photographie en offre une vision plus saisissante. Sur le plan, la position du photographe et l’angle de prise de vue sont signalés par un cercle bleu. Il était installé au bord du quai Courbe, à l’emplacement d’un batardeau * permettant
d’assécher le fond du bassin.
* Batardeau : digue ou barrage provisoire permettant de travailler à sec sur un site aquatique
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Depuis cet endroit, il a pris deux photos à des périodes différentes, chacune montrant une étape de l’important chantier d’arasement du quai Courbe et d'aménagement du bassin de Floride. Sur la
première, le quai situé devant le fort de Floride est encore en construction ; sur la seconde, il est achevé.
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Sur la deuxième photo, on distingue des pieux en bas à droite du cliché, ils correspondent aux
fondations d’anciens quais.
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L’entrée du port, large de 48 mètres après la démolition des tours François Ier et Vidame, passa
ainsi à 80 mètres.
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L’écluse de chasse et le brise-lames d’Harcourt, ayant été démolis, ils furent reconstruits pour
former un grand brise-lames faisant face à ceux de la chaussée des États-Unis. Avec l’ouverture vers la mer, la retenue de Floride prit le nom d’« annexe de l’avant-port », tandis que le bassin de marée reçut le nom de « bassin de la Floride ».
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Dans cette annexe, les navires se défaisaient de leur carcasse, livrant au vent salin les derniers échos de leurs voyages.
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Sur la photo ci-dessous, on voit le brise-lames à l’entrée du port et en arrière-plan, le deuxième
sémaphore, construit en 1862 après la destruction de la tour François Ier. Absolument tout ce que vous voyez sera bientôt effacé du paysage portuaire.
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La semaine prochaine, nous verrons comment ces installations furent supprimées lors du vaste agrandissement du port au début du XXᵉ siècle.
Sources :
Revue L’Illustration, 5 janvier 1878
Le port du Havre, Quinette de Rochemont, 1875.
Plan : Archives municipale du Havre, Gallica.
Crédit photo :
Éric Houri, Havrais-Dire.
Remerciements : Patrick Bertrand, Grégory Saillard, Éric Houri.
Relecture Catherine Dubois.
À Jean Legoy
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