Le franchissement de la Seine. Sixième et dernière partie
Après la réalisation des ponts de Tancarville (1959) et de Brotonne (1977), un troisième
franchissement s’imposait en raison de l’accroissement rapide du trafic routier.
Début 1987, la Région Haute-Normandie et les départements limitrophes votent à l’unanimité la construction d’un nouveau pont. Mais un problème contraignant se pose aux concepteurs, si on veut le construire au plus près du Havre, il va falloir le concevoir, sur des marécages côté rive droite.
En outre, l’assise du pylône nord devra être au plus près du cours navigable de la Seine afin de
réduire la longueur du tablier.
Alors comment résoudre ces difficultés ?
Tout d’abord sur le marécage. Pour travailler dessus en toute sécurité, on a étendu trois couches de géotextile. La première couche fait fonction de filtre, la deuxième sert à évacuer l’eau sur les côtés et la troisième est la plus résistante pour supporter et répartir les charges déversées sur elle
notamment le sable, le béton et les enrochements.
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Ensuite pour le pylône nord, on a créé un ilot artificiel. Cet ilot est entouré de cylindres appelés « gabion » dans lesquels on a coulé du béton. Ils permettent de protéger l’ilot au cas où un bateau viendrait s’y échouer.
Sur cet îlot, on creusera des fondations de 50 mètres de profondeur afin
d’arriver jusqu’à la couche de calcaire solide sur laquelle les fondations du pylône s’appuieront.
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Les voici dans la réalité vus du pont :
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La construction de ce pont représente une prouesse technique. Havrais-Dire ne va pas l’expliquer en détail, les sites sur internet sont nombreux à la présenter. Néanmoins, ayant eu l’occasion de
visiter les coulisses de ce géant, nous vous proposons de découvrir certains aspects du pont
inaccessibles au grand public.
Dans les constructions en béton, on évoque souvent le béton dit « précontraint ». Il s’agit d’un
béton dans lequel un câble est tendu par des vérins dès la construction à chaque extrémité.
Une fois le béton sec, ils maintiennent comprimés les éléments en béton afin qu’ils résistent à la flexion due au poids à supporter.
Voici schématiquement le principe du béton précontraint dans celui des viaducs d’accès.
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Voici comment cela se présente dans la réalité :
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Autre partie bien visible à l’extérieur sur la chaussée, le joint de dilatation, le voici vue de l’extérieur et de l’intérieur.
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Les deux pylônes du pont constituent les parties essentielles de l’ouvrage. Ils assurent la
transmission des efforts de la grande travée centrale vers les fondations et les viaducs par
l’intermédiaire des haubans. Leur hauteur totale est de 214 mètres. Ci-dessous l’intérieur d’un de ces pylônes.
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Le tablier métallique a cette particularité d’avoir un profil d’avion inversé afin d’être plaqué vers le bas en cas de grand vent. Il est accessible aux agents d’entretien et comporte divers capteurs
permettant de le contrôler en permanence.
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De nos jours, tout comme les ponts de Tancarville et de Brotonne, celui de Normandie est devenu
familier à tous les Havrais, on peut même dire qu’il s’inscrit dans le paysage de la cité océane comme on le remarque sur la photo ci-dessous :
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Et comme pour les autres ponts sur la Seine, il a fait l’objet de nombreuses cartes postales.
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L’inauguration
C’est le dimanche 22 janvier 1995 que le pont est inauguré par le premier ministre Édouard Balladur, accompagné d'Antoine Rufenacht maire du Havre et d'Hervé Morin député de l’Eure.
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Le pont représente le trait d’union entre les deux Normandies, la haute et la basse, réunies en 2015 pour devenir la Normandie tout simplement. Le pont y est sans doute pour quelque chose.
Ce pont n’est pas seulement celui des Normands, il est aussi celui de l’Europe en facilitant les échanges nord-sud et inversement.
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Le Pont de Normandie en chiffres :
2141 m : longueur totale de l'ouvrage
856 m : longueur de la travée centrale
22 m : largeur totale du pont
3,80 : épaisseur du tablier
320 m : hauteur de la portée principale
184 haubans (câbles)
214 m : hauteur des pylônes (au-dessus des basses eaux)
419 millions d'euros : coût de la construction financé partiellement par un emprunt de 386 millions d'euros.
Conclusion des articles consacrés à la traversée de la Seine
En ce qui concerne les traversées de la Seine, nous avons vu que cela concernait les piétons, les animaux, les charrettes et les automobiles.
Un moyen de locomotion est oublié dans cette histoire, celui des chemins de fer.
En 1878, MM Félix Faure, Latham, Heuzey, Siegfried et Dubosc créent une commission chargée
d’étudier le moyen de franchir la Seine par voie ferrée. En effet, Le Havre n’ayant qu’un seul accès par chemin de fer, les édiles craignaient qu’en cas d’accident sur celle-ci, le Havre soit privé de
communication avec Paris. Cette commission propose de franchir la Seine à Port Jérôme avec le
prolongement de la ligne venant de Beuzeville. Ensuite, avec un bac, les wagons pourraient franchir la Seine. Ce projet n’eut pas de suite.
Autre tentative, en 1910 une société s’est créée pour franchir la Seine, c’est la « Société d’Études du bac de Berville ». Vous remarquerez que l’on nomme « Berville » et pour cause, c’était l’endroit le plus approprié pour cette traversée. La société proposait de créer un bac ferroviaire entre la Seine inférieure Berville, bac pouvant transporter plusieurs wagons.
La SHED dans son fascicule du quatrième trimestre 1917, fait l’éloge de cette étude par la voix de René-E Bossière. Mais cette idée sera abandonnée les années suivantes.
Dernière tentative en date
L’idée du franchissement de la Seine par voie ferrée est reprise et améliorée par Michel Duval dans les années 1990.
Ce dernier a adressé cinq courriers successifs au Président du Port Autonome du Havre du 17 août 1997 au 26 janvier 1998. Dans ses messages, il attire l'attention sur l'utilité de réaliser un
franchissement ferroviaire de l'estuaire de la Seine. Le moyen utilisé pourrait être un tunnel
composé de caissons immergés.
Havrais-Dire ne saurait résumer ce dossier complexe, mais afin que chacun puisse s’en faire une idée précise, nous vous suggérons d’aller voir ces sites. Ils vous fourniront toutes les explications nécessaires à la bonne compréhension de ce dossier :
Premier site cliquez ici
Deuxième site cliquez ici
Troisième site cliquez ici
Sources :
Bertrand Deroubaix. Ingénieur en chef des Ponts et chaussées, patron de l'Équipement au Havre.
Michel Virlogeux. Ingénieur, expert mondial pour la conception des ponts.
Jean-Claude Languille. Conducteur de travaux.
Fiches techniques éditée par la Chambre de commerce du Havre.
Bulletin de la SHED, quatrième trimestre 1917
Compte rendu de la Chambre de commerce du Havre de 1878.
Fiches techniques éditée par la Chambre de commerce du Havre.
Remerciements :
Michel Duval
Gérard Deshayes.
Marc Haspot
Relecture :
Catherine Dubois.
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