L’agrandissement du port du 16è au 20è siècle - sixième partie.
La situation du Havre à l’embouchure de la Seine a largement favorisé son développement. Le
poulier, formé notamment par les dépôts de limon apportés par le fleuve, a facilité les opérations de creusement du port.
Comme dans les articles précédents, ce chapitre souligne l’importance à la fois géographique et stratégique du port du Havre.
La photographie montre l’agrandissement du port, avec au premier plan le nouveau port pétrolier de la CIM, inauguré le 26 mars 1926.
/image%2F1239008%2F20251230%2Fob_929a8a_ign-1926-alg.jpg)
Au début du XXe siècle, en se promenant sur la digue Saint-Jean, le regard d’un Havrais se perdait vers le sud-est, sur le fleuve qui s’étendait jusqu’à Honfleur.
Si vous voulez connaitre ce que l’on y voit aujourd’hui du même emplacement cliquez sur la photo.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_db65aa_digue-saint-jean-alg.jpg)
Revenons au quai d’Escale, premier lieu abordé dans cette série d’articles. À l’époque, il accueillait aussi bien des paquebots que des cargos, comme celui visible sur la photo ci-dessous. En arrière-plan se détache la façade est de la gare maritime du port, dont l’extension réalisée en 1929 permit de doubler la surface.
/image%2F1239008%2F20251230%2Fob_cd7a36_pah-1938-alg-page-11.jpg)
La photographie suivante illustre la situation autour des gares de la CIM, y compris le quai d’Escale, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Les répercussions du conflit entraîneront de profonds changements dans l’aspect de cette partie du port.
/image%2F1239008%2F20251230%2Fob_70795e_ign-1939-alg-2-jpg.jpg)
1 : Le sémaphore.
2 : La gare maritime du PAH.
3 & 4 : Les gares maritimes de la CIM.
5 : Bassin de l’Eure.
6 : Bassin Théophile Ducrocq.
/image%2F1239008%2F20251230%2Fob_3856a8_intertitre-alg.jpg)
Le 13 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans la ville, abandonnée par les forces françaises et britanniques. Leur objectif est de conquérir l’Angleterre ; de ce fait, le port du Havre, tout comme ceux de Boulogne-sur-Mer et de Cherbourg, doit servir de base à cette future invasion.
Pour arriver à leur fin, les occupants réquisitionnent toutes les embarcations susceptibles d’être
utilisées. On en aperçoit quelques-unes autour du quai d’Escale.
/image%2F1239008%2F20260104%2Fob_a82441_quai-d-escale-alg.jpg)
Cependant, l’opération Seelöwe -invasion de l’Angleterre- est plusieurs fois reportée et définitivement abandonné en 1943; à cause de l'invasion de l’URSS qui n'est pas en faveur de l'OKH depuis 1942.
Les autorités militaires entreprennent alors d’aménager la ville et le port afin de répondre à leurs objectifs stratégiques, notamment la construction du Mur de l’Atlantique.
De ce fait, Le Havre se transforme en une véritable forteresse. Plus de 300 blockhaus sont construits dans le port, tandis que des filets antitorpilles sont installés entre les digues nord et sud ainsi que dans les bassins, notamment entre le quai d’Escale et le quai de Southampton.
De ce fait, Le Havre se transforme en une véritable forteresse. Plus de 300 blockhaus sont construits dans le port, tandis que des filets antitorpilles sont installés entre les digues nord et sud ainsi que dans les bassins, notamment entre le quai d’Escale et le quai de Southampton.
Si vous voulez connaitre ce que l’on y voit aujourd’hui du même emplacement cliquez sur la photo.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_16bf46_1944-quai-de-floride-alg-3.jpg)
Cette occupation militaire s’explique par l’importance stratégique du port, qui abritait des navires de guerre allemands, notamment des Räumboote, dans un imposant bunker de béton. De ce fait, le port du Havre est devenu une cible majeure pour les Alliés et a subi de nombreux bombardements
aériens.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_043a48_francois-pivert-alg-2.jpg)
Tout au long de la guerre, le port est touché par de nombreux raids. Les 14 et 15 juin 1944, un
bombardement particulièrement violent déverse des bombes de 5 443 kg appelées « Tallboy »
destinées à détruire le Räumbootsbunker et les navires qu’il abrite.
(Pour les Tallboy, lire l’explication en bas de l’article)
Bien que le bunker ait été touché, les parties intactes ont continué à être utilisées par les Allemands, mais de façon réduite.
La photo suivante du bombardement des 14 et 15 juin, a été prise à 16 000 pieds (-4 876,8 mètres-) par le pilote F/O Schultz, à bord d’un Lancaster du Squadron 463, vers 22 h 43-22 h 50.. Sur l’image, le quai d’Escale et le quai de Floride sont matérialisés par un rectangle rouge.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_a3f5d3_14-15-06-1944.jpg)
Les clichés pris avant et après le conflit permettent de comparer l’état du quai de Floride et
témoignent de l’enfer vécu par ceux qui se trouvaient sous le déluge de bombes.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_b24962_cim-francois-alg.jpg)
Ce même quai après les bombardements :
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_23b6bf_quai-de-floride-alg.jpg)
La gare maritime du quai d’Escale n’est plus qu’une carcasse, dont seule subsiste la façade Art déco, mutilée.
/image%2F1239008%2F20251231%2Fob_1fab27_gare-escale-alg.jpg)
Ce bombardement n’est qu’un prélude. Le 5 septembre, la ville subit les destructions les plus sévères. Entre-temps, les Allemands, conscients de l’issue imminente, sabotent méthodiquement les installations portuaires, provoquant parfois des dégâts plus importants que ceux causés par les bombes.
Les bombardements se poursuivent sans relâche du 5 au 11 septembre, date du dernier raid aérien. Les attaques sont menées par des bombardiers Lancaster ; l’un d’eux est visible sur la photographie ci-dessous, survolant le quai d’escale tandis que la ville est en proie aux flammes.
/image%2F1239008%2F20260101%2Fob_8cb829_lancaster-4-alg.jpg)
La semaine prochaine : la reconstruction des quais d’Escale et de Floride.
Le concept des tallsboys dite "bombe sismique"
Contrairement aux bombes classiques qui explosent à la surface pour créer un souffle aérien, la Tallboy, dite « bombe sismique », était conçue pour agir comme un mini-tremblement de terre. Grâce à sa forme aérodynamique et à sa coque en acier très résistante, elle était larguée depuis une haute altitude (environ 5 500 m) et atteignait presque la vitesse du son avant l’impact. Cette grande vitesse lui permettait de s’enfoncer profondément dans le sol ou de traverser plusieurs mètres de béton armé. En explosant sous terre, elle créait une immense cavité et une onde de choc qui fragilisait ou détruisait les fondations des structures les plus solides, même sans toucher directement la cible. Pourtant, malgré son effet destructeur, la Tallboy n’a que très peu endommagé le Räumbootsbunker.
Sources :
Patrick Bertrand : Itinéraires portuaires et maritimes ». Septembre 2025. Des hommes, un port, une renaissance (1944-1964). Avril 2019.
Bombardements 1944. Le Havre, Normandie, France, Europe Auteur : John BARZMAN, Corinne BOUILLOT et Andrew KNAPP (dir.)
N° ISBN : 9791024006116
Editeur : Presses universitaires de Rouen et du Havre.Journal « Le Petit Havre » Gallica.
Marc Dupont avec la participation de François Pivert : « Le Havre Perret Tournant et les autres… ». Éditions Minimonde 2025.
Fondation et extension du Port du Havre par Hermann Du Pasquier 1944.
Andrew Knapp : Le Havre et Caen sous les bombes alliées,
Sébastien Haule : Mythes et réalités des bombardements.
Eddy Florentin : Le Havre 44 : À feu et à sang,
Crédit photo :
Collection François Pivert.
Le Havre 1938.
Image tirée du film « Table rase » de Christian Zarifian1988.
AMH Archives Municipales du Havre.
Gallica et Nutrisco.
IGN
Relecture Catherine Dubois.
Merci de votre visite
/image%2F1239008%2F20240319%2Fob_ad8862_plan-localisation-300.jpg)