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HAVRAIS-DIRE Le blog de Dan et ses amis.
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21 juin 2026

La fête des Marguerites

Instituée en 1911, la fête des Marguerites est aujourd’hui bien oubliée. Elle se maintint jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, en juin 1914 exactement. À cette occasion, de nombreuses marguerites étaient vendues dans les rues du Havre, et plusieurs cartes postales furent éditées pour immortaliser cette manifestation.

Le Havre  - 1944 – Politique – fêtes - Port 2000 – bombardement – Richelieu - Hôtel de Ville - Pierre Courant - Antoine Ruffenacht - Édouard Philippe.

De jeunes vendeuses bénévoles proposaient ces fleurs aux passants. Cet élan de solidarité touchait toutes les classes sociales de la ville, des milieux ouvriers jusqu’au haut négoce de la Bourse, sans oublier les usagers des tramways.

Le photographe du journal Le Petit Havre avait saisi une scène montrant ces jeunes vendeuses à l’œuvre. Cette photographie illustrait un article du célèbre chroniqueur havrais Albert Herrenschmidt.

Le Havre  - 1944 – Politique – fêtes - Port 2000 – bombardement – Richelieu - Hôtel de Ville - Pierre Courant - Antoine Ruffenacht - Édouard Philippe.
Cliquez sur l'image pour voir l'endroit aujourd'hui

Ce cliché est parvenu jusqu’à nous et notre ami collectionneur Cédric Conseil a bien voulu autoriser Havrais-Dire à l’utiliser. Mais le plus surprenant est que cette photographie n’était pas seule. Le photographe de l’époque avait pris un autre cliché sous un angle différent, que le journal n’avait pas jugé bon de publier. Aujourd’hui, cette image revêt un intérêt tout particulier, et c’est avec plaisir que Cédric Conseil et Havrais-Dire la présentent à leurs lecteurs.

Le Havre  - 1944 – Politique – fêtes - Port 2000 – bombardement – Richelieu - Hôtel de Ville - Pierre Courant - Antoine Ruffenacht - Édouard Philippe.
Cliquez sur l'image pour voir l'endroit aujourd'hui

Cette fête était également accompagnée de nombreuses animations : théâtre de Guignol, musiques militaires et sonneries de trompes de chasse, destinés à encourager la générosité des Havrais.

En plus des cartes postales, des dessins furent publiés, toujours sur le thème de la fête des Marguerites. L’un d’entre eux montrait avec humour qu’un brave marin-pêcheur ne résistait guère au charme des jeunes bénévoles.

Le Havre  - 1944 – Politique – fêtes - Port 2000 – bombardement – Richelieu - Hôtel de Ville - Pierre Courant - Antoine Ruffenacht - Édouard Philippe.

Bien oubliée aujourd’hui, la fête des Marguerites rappelle qu’au début du XXe siècle la générosité savait aussi prendre un visage festif. Pendant deux jours, les rues du Havre se paraient de fleurs afin de venir en aide aux plus démunis, associant ainsi solidarité et réjouissances populaires.

Sources :
Journal Le Petit Havre.
Crédits photographiques :
Cédric Conseil.
Havrais-Dire.
Relecture : Catherine Dubois.

Pour ceux qui le souhaitent, voici l’article complet du célèbre chroniqueur Albert Herrenschmidt, accompagné du complément publié par Le Petit Havre.

La Fête des Marguerites

Comment résister à l'assaut de la Charité ?

Une fête où la femme met le charme de son sourire, où la jeunesse apporte sa grâce et son entrain, où le geste de charité se manifeste au nom d'une cause aussi touchante que celle des petits enfants malheureux et malades, une pareille fête est assurée d'avance du plus franc, du meilleur succès.

Elle l'est surtout en cette ville du Havre, aux inépuisables réserves de générosité, à l'esprit de libéralisme éclairé, à l'initiative hardie et désintéressée qui font de notre cité une des plus actives et des plus ardentes dans l'admirable mouvement de philanthropie et d'aide sociale.

Voyez plutôt la floraison d'œuvres charitables qu'elle a l'honneur de compter et qui viennent au secours de l'infortune sous toutes ses formes, formant entre elles comme une chaîne de dévouements bienfaisants qui se poursuivent et se complètent l'un par l'autre pour assurer l'assistance à tous les âges de la vie.

La fête des Marguerites a groupé dans son excellente manifestation annuelle les institutions diverses qui se sont données pour mission de secourir l'enfance. Ce sont des œuvres dues à l'initiative privée, entretenues par elle, et si fortement entrées dans nos coutumes et dans nos mœurs, que certaines de ces institutions comme celles qui assurent aux bébés la goutte de bon lait, ou qui viennent en aide des mères, ou qui recueillent les tout petits et les soignent pendant que les parents sont à l'atelier, ne sauraient disparaître sans causer un trouble profond dans la vie havraise.

C'est pour assurer leur existence, due presque exclusivement à la générosité privée, que les aimables vendeuses se sont essaimées hier à travers la ville, pour offrir la petite fleur symbolique et recevoir l'offrande sollicitée.

Et comme l'an dernier, le Havre a réservé bon accueil à ces jeunes volontaires de la Charité. Comme l'an dernier, les boutonnières se sont rapidement fleuries au point que l'on remarquait tantôt au passage le revers d'habit sans marguerites, le réfractaire exceptionnel.

Il fut d'ailleurs si exceptionnel, ce réfractaire, qu'il se fondit bientôt dans la masse. Le charme d'un sourire, la grâce d'un geste, l'exquise courtoisie d'une sollicitation qui se fit peut-être plus ingénieuse, de finesse spirituelle avec laquelle la jeune marchande de fleurs sut dire : « Oh ! Monsieur !... Est-il possible ?... Vous n'avez pas encore de marguerites ! » ont suffi pour faire fondre l'indifférence, dissiper une pointe de misanthropie. Et le Monsieur s'en est allé, fleuri et satisfait, d'un pas alerte, la mine réjouie, comme allégé par l'aimable devoir rempli.

Une ville qui donne si joyeusement, si spontanément le témoignage de ses sentiments généreux, est une cité dont le cœur ardent s'ouvre de lui-même aux plus délicates pensées, et dont il est permis d'attendre beaucoup.

Jamais il n'est fait appel en vain à son aide. L'élan charitable est chez elle en quelque sorte instinctif ; il surgit dès que se présente un cas digne de son intérêt. Et s'il faut voir là une des caractéristiques de la race, il faut dire aussi que l'esprit particulier du Havre, avec sa tendance vers le grand, à se dégager des mesquineries de clocher, contribue à amplifier encore ce mouvement, à le rendre plus sensible, dans sa pensée élevée, plus significatif dans son résultat.

La fête des Marguerites a fourni une preuve nouvelle de ces dispositions. Elles se sont affirmées avec un égal empressement dans toutes les branches sociales, aussi bien parmi les milieux ouvriers, admirables de simplicité cordiale et généreuse, que parmi la société du haut négoce havrais.

La matinée d’hier a fait éparpiller des bouquets de marguerites qui sont venus se fixer à la cotte de travail ou au veston, pendant que les gros sous — pris ce soir-là sur le crédit de l'apéritif — tombaient gaiement dans la tirelire de la vendeuse.

Il va sans dire que la grosse recette de la journée a été faite à la Bourse, à la sortie des bureaux, sur le boulevard de Strasbourg, aux abords de l'Hôtel de Ville.

A onze heures, les « Marguerites » faisaient leur entrée dans la Salle des Pas-Perdus de la Bourse : les louis-monnaie entre-mêlés les attendaient. Et des billets bleus, et des pièces d'or, et des pièces d'argent s'amoncelèrent dans les plateaux aimablement tendus. Il y eut des dons abondants dont l'anonymat doubla la valeur. La Charité reçut dans le Temple des Affaires l'accueil qu'elle pouvait escompter. Monstre Cubain lui-même s'en acquitta et se fâcha pour aller discrètement glisser dans l'oreille de son protégé du matin : « J'espère, mon fils, que vous n'allez pas oublier ce que je vous ai fait gagner tout à l'heure sur votre litière ? »

Et le Monsieur des chargements, sans entendre la voix, excita le bon caprice du « santos » et, sur le coup, doubla son offrande aux Marguerites.

Mais on donna aussi par les rues, dans les tramways, dont le personnel avait été permis aux vendeuses par la bonne grâce de la direction ; au concert que la musique du 129e régiment d'infanterie fit apprécier dans le square de l'Hôtel de Ville, aux auditions amicales de l'Harmonie Maritime et de la Société Philharmonique qui attirèrent le soir, dans le jardin de l'Hôtel de Ville et dans le square Saint-Roch, un auditoire nombreux.

Partout, la population s'est cordialement associée à l'œuvre charitable ; elle l'a fait simplement, joyeusement. De toutes ces parcelles d'or que chacun offrit suivant ses ressources, humbles ou modestes, les « Marguerites » ont confectionné des herbiers de dorures qui les augmenteront encore aujourd'hui et qui viendra adoucir les tristesses de l'infortune, les injustices du destin.

Cette association fraternelle confondant toutes les classes sociales d'une grande ville dans une commune pensée de charité est peut-être un des traits les plus délicats et les plus charmants de la Fête des Marguerites. C'est un de ceux qui laissent une trace à part dans les cœurs et dans le souvenir.

ALBERT-HERRENSCHMIDT

Aujourd'hui dimanche, de deux heures à quatre heures et demie, un Théâtre Guignol, installé au square Saint-Roch, donnera des représentations à l'intention des enfants.

A 4 h. 1/2, dans le même square Saint-Roch, concert ordinaire de la Musique militaire.

De 5 h. 1/2 à 7 heures, une audition de trompes de chasse sera donnée par la Société de l'Ours, au Rond-Point du cours de la République.

De 5 heures à 7 heures également, une autre audition de trompes de chasse sera donnée par la Société d'Echo de Forêt, sur la terrasse qui domine la ville dans le haut de la rue du Saint-Hilaire.

Le Comité espère que les quêteurs seront nombreux et généreux. Il fait un pressant appel à leurs sentiments charitables au nom des enfants malheureux.

MERCI DE VOTRE VISITE  ET COMMENTAIRE

Commentaires
G
Suite de mon commentaire qui était impatient de partir avant d'être fini.<br /> Je voulais simplement ajouter qu'ayant récupéré quelques pieds de ce massif, je suis prêt pour la résurrection de cette fête, car ils fleurissent toujours et sont actuellement en fleurs dans mon jardin.<br /> Bon dimanche.
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H
Bonjour Gérard,<br /> Je réponds ici à tes deux commentaires. En effet, on pourrait réinstituer cette fête des marguerites, surtout si le pied de marguerites récupéré dans le jardin de ton grand-père en produit toujours autant. Comme on dit, c’est une idée à creuser… ou plutôt à cueillir, car la misère n’a malheureusement pas disparu.<br /> Bon après-midi à toi et à Michèle.<br />
G
Bonjour Dan,<br /> Il y avait dans le jardin de mon grand-père un grfand massif de marguerites. Peut-être étais ce pour célébré cette fête qu'il a connue. En tous les c
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E
Voilà, ça remarche. Youpi !
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H
Ouf tant mieux, alors bonne lecture Élisabeth !
E
Quelle "Fête des Marguerites " installée en 1911 , bien avant la 1ère guerre mondiale de 1914 ! Belle chaussée Thiers , avec ces belles photos des jeunes et des moins-jeunes etc... Encore BRAVO et MERCI , pour tout ce que tu fais ,cher Dan .Grands bisous à toi et Marie Jo . Bonne journée . E.C.
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H
Bonjour Étienne,<br /> Les photos de notre ami Cédric sont tout à fait exceptionnelles : il est assez rare de voir Le Havre du début du siècle avec une telle netteté. Quant à moi, tant que j’ai un lectorat intéressé par mes recherches, tout va bien.<br /> Alors je te souhaite un bon dimanche à toi et à Odile.<br />
G
Une belle fête que je ne connaissais pas. Bien fugace cette fête la première guerre a été une rupture pour plusieurs choses
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H
Bonjour Goé,<br /> On peut dire que cette guerre a fait basculer le monde d’un siècle à l’autre sans ménagement. Elle a marqué une rupture profonde, et le monde d’après n’a plus jamais été le même, tant les repères sociaux, politiques et humains en ont été bouleversés.<br /> Bon dimanche Goé.<br />
D
Bonjour et merci pour cet article qui me fait découvrir une fête havraise que je ne connaissais pas. Pourrais-tu me faire parvenir l'adresse courriel de Cedric Conseil . Merci
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H
Bonjour Jacques,<br /> C’est une fête effectivement peu connue, alors si je peux la faire découvrir aux Havrais, j’en suis ravi.<br /> Je vais te contacter par mail pour te donner l’adresse de Cédric, à bientôt Jacques.<br />
A
Bonjour Dan,<br /> <br /> Je me souviens très bien (du nom) de M. ALBERT-HERRENSCHMIDT qui hantait sans doute encore les couloirs de la rédaction !<br /> <br /> Quels superbes clichés que ceux d'Eric avec une netteté incroyable.<br /> <br /> Je ne connaissais pas cette " fête des marguerites", voilà encore une tradition oubliée dont j'ai pris connaissance grâce à toi !<br /> <br /> Bon dimanche Dan
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H
Bonjour Agnès,<br /> Il est vrai qu’Albert Herrenschmidt a laissé une empreinte importante dans le milieu journalistique. C’était un chroniqueur comme il n’y en a plus. Il est vrai qu’il avait la liberté de rédiger des textes très longs, et je ne sais pas s’il bénéficierait aujourd’hui de la même liberté.<br /> Quant aux clichés de Cédric, il s’agit de plaques de verre qui se conservent mieux dans le temps, ce qui explique leur finesse et leur qualité encore aujourd’hui.<br /> Bon dimanche Agnès.<br />
L
Ah la fête des Marguerites ! Cela fait partie des premiers articles que j'ai eu la chance d'écrire quand j'ai débuté ma série pour Paris Normandie. Il y a eu en effet plusieurs CP à ce sujet, très poétiques. <br /> Pour information et pour répondre à la question d'un de tes lecteurs, une petite précision à la fin de mon article d'alors :<br /> Le saviez vous?<br /> Avant Le Havre, d’autres villes ont obtenu d’excellents résultats grâce aux marguerites: Bruxelles, Nice, Genève et le 18 juin 1911, Paris à son tour, se lance dans la bataille. En 1914, les Marguerites laissent la place à la Fête des Fleurs.
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H
Bonjour Françoise,<br /> Je dois avouer que, n’ayant consulté que des articles havrais au sujet de la fête des marguerites, je ne pensais pas qu’elle ait pu être célébrée dans d’autres villes. Comme quoi il faut toujours rester prudent dans ce que l’on affirme !<br /> J’ai également découvert que cette fête des marguerites avait ensuite évolué en fête des fleurs, puis en fête des bleuets en soutien à nos poilus. Les fleurs ont décidément été déclinées sous bien des formes au fil du temps.<br /> Bon dimanche Françoise.<br />
F
Merci pour cette jolie rétrospective . Je ne connaissais pas cette fête des Marguerites et ma foi les photos sont émouvantes .
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H
Bonjour Filmagique,<br /> C’est une fête peu connue, ce qui s’explique sans doute par sa courte existence puisqu’elle n’a duré que trois ans. La Première Guerre mondiale étant survenue ensuite, il était difficile de la reprendre telle qu’elle avait été conçue.<br /> Bon dimanche, Filmagique.<br />
F
Bonjour Dan,<br /> Jolie fête qui s'est malheureusement perdue! Et le style d'Albert : dithyrambique ! mais tellement du beau français!<br /> Merci pour ces images charmantes et ces belles dames.<br /> Bon dimanche.<br /> FAH
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H
Bonjour Françoise,<br /> En ce qui concerne le style d’Albert Herrenschmidt, on ne peut pas dire qu’il fasse dans la simplicité ni dans la brièveté, mais il est si agréable à lire que j’ai décidé de reproduire l’intégralité de son texte en fin d’article, juste pour le plaisir.<br /> Notre amie commune, Françoise Lefort, apprécie, elle aussi, beaucoup ce chroniqueur, et il faut reconnaître qu’avec lui aucun détail n’est négligé, qu’il s’agisse d’un événement modeste ou d’une fête, il en explore tous les aspects avec talent.<br /> Bon dimanche, Françoise. <br />
C
Cette belle fête, qui nous était totalement inconnue, était-elle spécifique au Havre ?<br /> Bon dimanche...<br /> C&B
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H
Bonjour Christine et Bernard,<br /> Oui, c’est une fête typiquement havraise qui regroupait plusieurs associations charitables, comme « La Goutte de Lait », et qui profitait de l’éclosion des marguerites au mois de juin (là, je ne vous apprends rien !) pour les proposer à la vente dans les rues du Havre.<br /> Malheureusement, cette fête ne reparut plus après la Première Guerre mondiale, et l’on comprend aisément pourquoi.<br /> Bonne journée les amis.