Des marins atypiques au Havre
Alain Gerbault.
Le Havre a vu passer bien des marins, bien des inventeurs touchant le domaine maritime.
On se rappelle l’exploit d’Alain Gerbault parti de Cannes en 1926 sur son « Firecrest », arrivera au Havre le 26 juillet 1929 après son tour du monde.
L’arrivée d’Alain Gerbault au Havre. Coll Dan.
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René Savard
Une autre visite exceptionnelle au Havre, celle de René Savard avec son étrange embarcation appelée "Hydrocycle". Celle-ci est composée de deux flotteurs reliés entre eux par quatre entretoises, au-dessus un cadre de vélo modifié et son pédalier faisant tourner l’hélice.
René Savard avait déjà par deux fois traversé la Manche à bord de son embarcation en 1927 et 1930 entre Calais et Douvres. Afin de mieux promouvoir son "invention" il se proposait de faire un « Paris-Londres » par étapes en passant par Le Havre, un parcours de 1200 kilomètres.
Auparavant il lui fallait réunir des fonds et faire de la publicité. C’est ce qu’il fit en éditant des cartes postales où « Mistinguett » était venue l’encourager.
Les cartes postales vendues par René Savard avec Mistinguett venue l'encourager. Coll Dan.
En route pour Le Havre avec un chargement de 350 kilogs. Coll Dan.
Devenu célèbre grâce à son pari réussi, il fera des tournées partout en France. En 1947 il revient au Havre, mais cette fois pour un « Paris-Rouen- Le Havre-Dieppe pour terminer à Bruxelles. Défi qu’il réussira à bord de son hydrocycle, mais motorisé cette fois.
La coupure de presse relatant les préparatifs de René Savard en 1947. © Gallica.
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Auteur inconnu.
En 1930 un autre « inventeur » passe par Le Havre, son nom est malheureusement inconnu. Il a conçu un canot avec une aile d’avion orientable. Il a pu ainsi faire le voyage depuis Berlin, Hambourg, Le Havre et Paris.
Le canot à aile d’avion arrivant à Paris après être passé par Le Havre. Coll Dan.
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Robert Fulton.
L’invention de Robert Fulton (1) quant à elle, sera reprise et améliorée par toutes les nations. En 1800 il vient en Europe, notamment au Havre, effectuer ses essais.
À cette époque les sous-marins n’existaient pas. Les havrais furent très surpris en voyant cette embarcation disparaître sous l'eau du bassin du Commerce. Son nom « Nautilus », un patronyme qui sera repris par Jules Verne pour son roman "20.000 lieues sous les mers". Mais là s’arrête la comparaison Jules Verne n’ayant jamais fait mention de Robert Fulton.
(1) Pour ceux qui le désirent j’ai retranscrit intégralement le reportage à propos de Robert Fulton et son aventure havraise en fin d’article.
Le Nautilus faisait 6,48 m de long, et 1,94m dans sa plus grande largeur. Le dessous formait une carène contenant une quantité de lest. La double carène métallique contenait de l’eau qu’une pompe pouvait refouler ou aspirer. Le principe des sous-marins actuels n’a pas changé. Une voile en éventail pouvait se déplier pour naviguer en surface. Plusieurs améliorations lui seront apportées, mais son principe est toujours resté le même.
Une réplique de ce sous-marin est visible dans la cité de la mer à Cherbourg.
La réplique du Nautilus dans la cité de la mer à Cherbourg.
Sources :
Gallica pour René Savard.
L’Illustration : pour le canot à aile d’avion.
Revue "Le Havre qui passe" d'Albert Herrenschmidt 1909 pour Robert Fulton.
Crédit photos :
Tomas Sully Wikimédia domaine public.
Collection Dan.
Retranscription intégrale de l’article paru dans "Le Havre qui passe" d'Albert Herrenschmidt 1909 pour Robert Fulton au Havre.
La république américaine a célébré cette année le centenaire d’un de ses plus illustres enfants, Robert Fulton le grand promoteur de la navigation à vapeur.
Le souvenir est resté du fameux voyage qu’il accomplit avec le Clermont, de New-York à Albany, et qui marque véritablement l’application pratique de la vapeur à la propulsion des navires. Déjà en 1803, Fulton avait tenté en France de réaliser ce projet. Son premier bateau, construit à l‘ile des Cygnes, devait utiliser l’effet des roues à aubes. Trop faible pour supporter le poids de la machinerie, il se rompit et coula au fond de la Seine. La coque, reconstruite, se comporta mieux. Le 9 août 1803, le bateau largua ses amarres et remonta le fleuve en présence d’un grand concours de spectateurs.
Une commission de l’Académie nationale, composée de Bougainville, Bossuet, Carnot et Perier, était présente à l’expérience. Le steam-boat ne marcha que lentement, faisant seulement de 3 à 4 milles à l’heure contre le courant, la vitesse réelle, relativement à l’eau étant d’environ 4 milles et demi. Mais c’était en somme un grand succès, et l’on a rappelé ces premières expériences de l’inventeur américain sur les eaux françaises, à l’occasion de sa fête commémorative.
Plus encore, il convenait d’évoquer, à ce propos, les recherches de Robert Fulton en ce qui concerne la navigation sous-marine. Et c’est une page de l’histoire havraise qui devra, ce jour-là, être extraite de nos annales.
Moins heureux que l’aéroplane, le sous-marin n’a pas connu les progrès rapides qui, du jour au lendemain, en quelques sorte, ont fait entrer dans le domaine des réalités des idées considérées par beaucoup comme utopiques. On ne peut que s’étonner de voir après quelles longues phases d’indécision et de scepticisme dans l’esprit public, d’efforts et de confiances tentatives chez les chercheurs, le bateau sous-marin est arrivé à triompher des préjugés et devenir l’engin de combat terrible dont l’utilisation s’est généralisée dans toutes les marines du monde.
Dès l’année 1800, Robert Fulton expérimentait le premier navire de ce genre, et c’est au havre, dans le bassin du commerce, que pour la première fois on vit le spectacle étrange, et quelque peu paradoxal, d’un bâtiment habité par des hommes, disparaître tout à coup et voguer sous l’eau.
Certes, nous étions loin encore de ces merveilleux appareils où la mécanique moderne s’est ingéniée à résoudre de la façon la plus souple et la plus pratique un problème dont les données principales étaient posées depuis longtemps. Le Nautilus de Robert Fulton, avec tout ce qu’il a de fruste et de primitif, n’en est pas moins l’illustre et l’inoubliable devancier.
Il avait la configuration d’un ellipsoïde imparfait, dont la longueur extérieure était de 6m.48 et la plus grande largeur de 1m.94.
Sous l’ellipsoïde se trouvait une carène en fer, dont le milieu était à varangue plate.
Cette carène contenait une quantité de lest suffisante pour que la différence entre le poids du flotteur et celui de l’eau déplacée par lui ne fut que de 4 à 5 kilogrammes. Elle n’avait d’autre communication avec la capacité intérieure de l’ellipsoïde que deux corps d’une pompe aspirante et foulante qui, par le moyen d’une manivelle permettait d’introduire de l’eau dans la carène métallique ou de l’en chasser à volonté. Le principe du sous-marin actuel n’a pas changé.
À l’avant du Nautilus et à la partie supérieurs se trouvait une calotte sphérique percée de hublots munis de verres épais et d’un trou d’homme servant au passage de l’équipage.
À un mètre environ de l’avant, une cloison en fer formait avec l’avant de l’ellipsoïde une cloison étanche qui refermait l’appareil de la manœuvre de l’ancre et un petit treuil dont le rôle, comme on le verra, était important.
La marche en avant était obtenue à l’aide d’une hélice, dénommée par Fulton « un volant », que des hommes placés dans la coque actionnaient à la main. L’inventeur espérait obtenir ainsi 240 rotations à toute vitesse et 120 en temps ordinaire.
Le navire était doté de deux gouvernails placés à l’arrière, l’un y était disposé comme sur un bâtiment ordinaire, l’autre était composé de deux plans inclinés pouvant tourner autour d’un pivot traversant le précédent. Le premier gouvernail permettait le virage du navire, le second était destiné à le faire plonger en marche ou plus exactement à le maintenir en immersion voulue en limitant ses mouvements de montée et de descente.
Pour les traversées un peu longues, un mât à rabattement était disposé à l’arrière de la calotte. Ce mât, muni d’une voile en éventail tendue par des antennes, pouvait s’abattre contre la coque après que la voile avait été repliée. Le Nautilus cessait d’être un navire pour redevenir poisson.
Quant à l’appareil militaire offensif du Nautilus, il était disposé de la façon suivante :
Le pôle de la calotte sphérique était traversé, à frottement dur et étanche, par une tige terminée par un gros clou dénommé par Fulton « la corne du Nautilus ». La base de ce clou barbelé était un prisme percé d’un trou dans lequel passait un cordage enroulé sur la bobine du petit treuil dont il a été parlé plus haut.
La torpille se composait d’un baril de poudre contenant un quintal de poudre et muni à l’avant d’une batterie de fusil à déclic pouvant partir au moindre choc. Ce baril était trainé à la remorque par la corde partant du treuil et passant dans l’œil du trou.
Pour faire sauter un navire, le Nautilus devait se placer sous sa coque de façon que sa corne toucha la carène. Quelques coups de masse donnés de l’intérieur du navire enfonçaient dans les flancs de l’ennemi cette corne que l’on dévissait ensuite. Le Nautilus s’éloignait alors en dévidant la remorque. La torpille entraînée par le Nautilus et forcée de toucher à la coque, puisque sa remorque passait dans l’œil de la corne enfoncée dedans, venait frapper cette coque. La torpille heurtait le navire ennemi et l’explosion subite de la poudre l’anéantissait.
Construit à Rouen par Perrier et lancé le 24 juillet 1800, le Nautilus effectua quelques jours après plusieurs expériences en Seine, entre Bapeaume et le chantier Thibault. À deux reprises il plongea, restant sous l’eau huit à dix-sept minutes. Mais le courant du fleuve gênait considérablement la manœuvre de l’inventeur qui décida de descendre sans plus tarder jusqu’au Havre.
Le gouvernement français attachait une grosse importance à ces essais. Les projets de Fulton, sa ferme intention de se servir de son navire sous-marin pour aller attaquer la flotte anglaise avaient particulièrement séduit Forfait, le ministre de la marine. Dès le 21 juin, celui-ci envoyait au commissaire principal chef d’état-major une note où il précisait que « cet étranger (le citoyen Robert Fulton) mérite d’être encouragé dans ses entreprises qui peuvent contribuer au progrès des sciences ». Et l’inventeur américain voyait enfin agréée une demande qu’il avait présentée depuis près de trois ans.
C’est le 13 décembre 1797, en effet, qu’il offrait au Directoire de construire, sous certaines conditions, des Nautilus mécaniques pour détruire la flotte des anglais. Des refus l’avaient accueilli : refus le 5 février 1798, refus le 12 septembre de la même année. Mais le Directoire était tombé en avril 1800 et Fulton avait trouvé dans la personne du ministre Forfait un appui précieux. Il pressa les choses, impatient d’expérimenter son appareil dans les eaux havraises et, de là, gagner la mer, au-devant de l’ennemi.
***
Le 4 août, robert Fulton arrivait au Havre et descendait à l’hôtel du Bienvenu, tenu par Justin, rue de Paris, 95, à l’endroit où se trouvent aujourd’hui les magasins du Printemps. Les patientes recherches de notre archiviste municipal, M. Barrey, ont pu retrouver trace du passage au Havre de l’illustre inventeur. Sur le registre des logeurs, à la date précitée, Robert Fulton a écrit lui-même son nom. Il l’a fait suivre, dans la colonne réservée à l’indication de la profession, de cette mention : « ingénieur américain ».
Le Nautilus fut amené dans le bassin du commerce, et, le 25 août, Fulton exécuta une plongée avec deux autres personnes probablement les sieurs Sergent et Fleuret.
Pendant deux heures deux minutes, les trois hommes, éclairés par une chandelle, restèrent sous l’eau sans être le moins du monde incommodés. Pendant cette descente, en faisant mouvoir la vis d’Archimède qu’il avait adoptée comme engin de propulsion, Fulton s’aperçut du mauvais rendement de cet appareil. Aussi les jours suivants s’occupa-t-il à le remplacer par des « ailes de moulin » ayant chacune 2 pieds de longueur et un angle de 30°. Dans son livre si documenté La Navigation sous-marine à travers les siècles, M. Maurice Delpeuch fait judicieusement observer, à ce propos, que ces « ailes de moulin » ne sont autres que l’hélice dont on se sert aujourd’hui.
Robert Fulton fit suivre son exercice de plongée d’essais de vitesse. Le Nautilus étant à la surface, deux hommes munis d’avirons le firent avancer de 60 toises (120 mètres) en sept minutes. Les deux mêmes hommes actionnant l’hélice firent parcourir au navire la même distance en quatre minutes. Le bâtiment étant entièrement immergé la vitesse fut à peu près la même qu’à la surface.
Dans cette position, Fulton, en s’efforçant de se maintenir à une profondeur donnée, constata que le gouvernail horizontal avait peu d’effet. Il eut alors l’idée de munir l’avant du Nautilus d’une hélice identique à celle qui existait à l’arrière du navire. IL obtint une stabilité de plongée beaucoup plus grande.
Ces essais ayant été renouvelés au cours desquels le Nautilus put marcher à 5 pieds sous l’eau pendant 70 toises, Robert Fulton résolut de faire une expérience pour démontrer la puissance terrifiante de ses « torpédo ».
Le 28 août, il mouilla à 20 mètres des jetées de notre port un baril vide. Il attacha sous ce baril un « torpédo » muni de son appareil de mise de feu mécanique. Au bout du temps voulu, l’explosion se produisit « brisa le baril en mille pièces et projeta une colonne d’eau de dix pieds de diamètres et 60 à 80 pieds de haut ».
Tout était donc concluant. L’inventeur décida alors de faire la preuve de son navire comme bâtiment de guerre et de haute mer et projeta de se rendre à Cherbourg.
Le 13 septembre 1800, le Nautilus quittait le port du Havre.
« Il file quelquefois une heure et demie (4 milles et demi) à l’heure et se lève très bien à la lame », dit Fulton dans sa lettre à Monge et à Laplace.
Malheureusement, le 28, le Nautilus, surpris par le mauvais temps, dut relâcher à Growan, près d’Isigny, à trois lieues des iles Marcou. Le lendemain éclatait le coup de vent d’équinoxe attendu.
Durant plus d’un mois, Fulton resta à Growan bloqué par le mauvais temps. Une accalmie s’étant produite, il sortit enfin, et peu s’en fallut que l’engin sous-marin remportât ce jour-là, la plus éclatante des victoires.
Deux bricks anglais étaient au large et mouillaient de temps en temps près des ils Marcou. À deux reprises le Nautilus tenta de les approcher, mais « soit hasard soit dessein », dit Fulton - et l’inventeur a raison d’envisager le « dessein », car des espions nombreux renseignaient les anglais sur tous ses mouvements - il ne put réussir dans son hardi projet. Les bateaux ennemis mirent à la voile et s’éloignèrent.
Pendant une de ces tentatives, le Nautilus resta « toute une marée de six heures sous l’eau, ayant seulement pour prendre air, un petit tube qui ne pouvait pas être aperçu à une distance de 200 toises ».
Lassé de son inutile attente à Growan, voyant qu’« aucun bâtiment anglais ne revenait et que l’hiver approchait, le Nautilus d’ailleurs n’étant pas construit pour résister au mauvais temps », Fulton résolut de rentrer à Paris et de mettre sous les yeux du gouvernement les résultats de ses expériences.
Quant au Nautilus, après avoir été débarrassé de ses appareils, il resta abandonné sur la plage. M. de Mongéry écrivait en 1823 que M. de Montcabrié, commandant de la marine au Havre, avait encore vu, quelque temps auparavant, dans une tournée aux environs de Cherbourg, les débris du navire sous-marin.
***
Il y a quelque poignante tristesse dans cette fin du premier Nautilus.
Si son rôle militaire ne fut pas aussi actif, aussi brillant que l’inventeur l’avait escompté, il n’en demeure pas moins l’inoubliable précurseur.
Le jour où Fulton plongea et alla faire sauter un baril au large de nos jetées, la navigation sous-marine et l’engin d’attaque étaient nés. La réalisation vraiment pratique ne devait être que le développement de cette première idée avec l’assistance du progrès scientifique et industriel.
L’Ipotalique des frères Coessin, construit au Havre, en 1809, dans les chantiers de M. Grehan père, ne fit que reproduire en bois le Nautilus, de Fulton.
Comme on était pressé, on avait employé pour le corps du bateau une « grande barrique à cidre ». Les inventeurs avaient cependant comme données nouvelles l’adjonction à leur machine de gouvernails horizontaux et latéraux pour aider aux plongées et l’emploi, bien précaire et le seul moyen offensif proposé, de chemises soufrées que l’on devait attacher sous l’arrière des navires ennemis.
Mais c’est véritablement à Robert Fulton, à ses expériences du Havre qu’il convient de faire remonter les premiers débuts de la science nouvelle. Et ces mêmes eaux qui livrent aujourd’hui passage aux rapides et souples et terribles engins sous-marins ramenés de temps en temps dans notre port par les manœuvres, ont été traversées, il y a plus de cent ans, par leur admirable et glorieux ancêtre.
Merci de votre visite
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